La publicité est au cœur du système capitaliste. Érigée en grande régulatrice de nos échanges marchands, elle empiète désormais sur l’ensemble des activités humaines, réduisant à un unique désire de consommation la multitude d’envies et de besoins de chacun. Elle favorise les plus grandes entreprises, qui diffusent leurs messages dans des formes omniprésentes. Occupant l’espace public, la presse, la radio et la télé, s’immisçant dans les écoles et les hôpitaux, la pub diffuse des messages forgés par quelques-uns mais imposés à tous. On criera au scandale face à un graffiti mais on s’accommode des 40 % des panneaux publicitaires qui, en France, sont illégaux. Aucun espace dialogique dans la pub donc, et aucune diversité du propos non plus. Sous des couverts d’extravagance créatrice, la pub uniformise non seulement la façon de consommer, mais également la façon de vivre et la façon de penser. La standardisation des produits et des modes de consommation est mal dissimulée par la recherche d’innovation que les multinationales prétendent caractériser. Et cette uniformisation est d’autant plus prononcée que le fonctionnement publicitaire se répand partout, des campagnes politiques qui reproduisent ses modèles, à l’information qui se réduit de plus en plus à une communication commerciale. Il se répand aussi par les modes de production qu’il engendre en incitant à une consommation insoutenable à l’échelle de la planète.
« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » a dit le P.-D.G. de TF1. Le champ de bataille de la pub est plus que jamais concentré sur le cerveau, car les nouveaux modes de production d’un capitalisme immatériel », basés sur des produits facilement reproductibles, nécessite un contrôle accru des comportements cognitifs des consommateurs potentiels. Le slogan publicitaire « J’en ai rêvé, Sony l’a fait » est une aliénation de sens : l’objet de la pub est de placer un besoin artificiel dans un environnement réel, qu’il soit matériel ou rêvé, à l’image des « maladies sociales » que les industries pharmaceutiques sont en train de créer.
Quel est l’impact de la publicité sur l’environnement ? La machine publicitaire est un dangereux ennemi de la nature. En voici deux exemples parmi d’autres :
- La publicité est un immense gaspillage des ressources limitées de la planète. Combien de centaines de milliers, ou de millions, d’hectares de forêts sont abattues tous les ans dans le monde pour imprimer la masse croissante de prospectus publicitaires qui encombrent nos boîtes à lettres, et d’affiches qui couvrent les murs de nos rues et cachent nos paysages ? Combien de centaines de milliers ou de millions de kilowatts d’électricité sont dépensés annuellement par les publicités au néon et les écrans qui « embellissent » nos villes, de Shanghai à New York, en passant par Paris ? Combien de tonnes de déchets produits par cette activité ? Et ainsi de suite. Les dégâts sont difficiles à calculer, mais sont sans doute gigantesques.
- La publicité est l’un des principaux responsables de l’obsession consommatrice des sociétés modernes, de la tendance de plus en plus irrationnelle à l’accumulation de biens (le plus souvent inutiles), bref d’un paradigme de consommation parfaitement insoutenable. Comment convaincre les gens de changer leurs habitudes de consommation incompatibles avec la sauvegarde des équilibres écologiques, si l’on ne met pas un frein au matraquage publicitaire qui les incite à acheter encore et encore ? Dans la spirale infernale capitaliste de production/consommation/accumulation toujours croissante, toujours en expansion – c’est le nom d’une prestigieuse revue économique patronale –, qui conduit à la dégradation, à une échelle géométrique, de la nature, et qui nous mène, par le moyen du changement climatique, à des catastrophes monumentales, la publicité est un rouage indispensable. Ou, plus précisément, elle est l’huile dans laquelle baignent ces engrenages terriblement efficaces, qui broient la planète et risquent, dans quelques décennies, de la rendre invivable.pour demain.
Dans ce cadre, ce dossier d’Écologie & Politique entend participer à la critique écologique de la pub, critique nécessaire pour démonter le fonctionnement de cette entreprise de falsification et d’endoctrinement. Mettre des limites à l’agression publicitaire – en attendant de pouvoir, un jour, s’en passer entièrement – est un devoir écologique, un impératif moral et politique pour tous ceux qui voudraient sauver de la destruction notre environnement naturel. Il s’agit, à terme, de supprimer la publicité et de jeter les bases d’un nouveau paradigme de consommation.
Dossier coordonné par Michael Löwy et Estienne Rodary
Date limite pour l’envoi des résumés (1 000 signes, plus une courte biographie de l’auteur) : 13 avril 2009.
Date limite pour l’envoi des tapuscrits (30 000 signes, voir nos recommandations ci-dessous) : 13 juillet 2009.